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La révolte des indigènes d’Amérique du sud

Posté le 08 mars 2010

Les peuples originaires exigent un contrôle indigène sur les organismes de développement

La Coordination Andine des Organisations Indigènes, qui regroupe les peuples originaires de Bolivie, Equateur, Pérou, Colombie, Chili et Argentine, exigera lundi prochain devant la Commission Interaméricaine des Droits Humains (CIDH) la restructuration stratégique de l’Initiative pour l’Intégration Régionale Sud-Américaine (IIRSA) “sous la surveillance des indigènes au niveau local, national et régional, dans le cadre de l’Union des Nations Sud-Américaines (Unasur)”.
Ceci parce que les 510 projets pharaoniques – dont le financement s’élève à 70 milliards de dollars – qui impliquent les 12 pays sud-américains, ont des impacts sociaux, environnementaux et culturels négatifs sur leurs communautés et que leur réalisation viole le droit des peuples, communautés et personnes indigènes à être consultés au préalable pour savoir s’il donnent ou non leur accord en considération du respect de leurs priorités de développement.
L’ IIRSA a été créée en août 2000 par un accord conclu lors de la réunion des Présidents des pays sud-américains. Son objectif central est de d’interconnecter les infrastructures sud-américaines pour faciliter l’exploitation des ressources naturelles.
Une délégation de la Coordination Andine des Organisations Indigènes (CAOI), sous la conduite de son coordinateur Miguel Palacín Quispe, participera à Washington à une audience devant la CIDH, au cours de laquelle elle présentera le document “Intégrer les affaires et désintégrer les peuples ? Pour une restructuration stratégique de l’IIRSA”, dans lequel elle propose, pour exercer la surveillance, la création d’un Conseil Consultatif des Peuples Originaires.
Ce Conseil serait constitué par des représentants des peuples indigènes, des paysans riverains des projets , métis et afro-américains des pays sud-américains impliqués parallèlement dans l’IIRSA et l’Unasur, étant donné que “c’est au sein de l’Unasur et dans son cadre que s’est créée l’IIRSA et c’est là qu’elle compte aujourd’hui comme hier sur un soutien politique au plus haut niveau”.
La restructuration stratégique de l’IIRSA devra se faire “sur la base de la consultation et du consentement préalable, libre et informé des peuples indigènes sur chacun des projets pharaoniques de cette initiative. La réalisation de ces projets doit être suspendue jusqu’à ce que cette consultation soit achevée ”, affirme la CAOI.
Il faut souligner en outre que la mise en oeuvre de cette initiative ne doit pas être laissée aux mains des institutions financières -Banque Interaméricaine de Développement, Fonds Financier pour le Développement du Bassin de la Plata et Banque Nationale de Développement du Brésil- mais doit relever de l’Unasur, en accord avec ses engagements déclarés à respecter l’environnement et les diverses cultures des nations qui la composent.
Dans le document cité, auquel a eu accès La Jornada, la CAOI définit l’IIRSA comme « un programme stratégique mégapolitique visant à restructurer en profondeur l’Amérique du Sud pour l’entraîner dans la mondialisation sous la direction du capital transnational basé au Brésil ».
Parmi les projets inclus de l’IIRSA figurent la construction de routes, l’aménagement de cours d’eau navigables, l’installation de centrales hydroélectriques et d’infrastructures de transport de l’énergie électrique, d’oléoducs, de gazoducs, de communication électronique et d’autres modalités d’ “intégration” autour de 12 axes qui relient les régions liées avec l’Atlantique et le Pacifique, et « visent à satisfaire les appétits des gros investisseurs dans les zones d’implantation des projets qui servent avant tout les intérêts du grand capital brésilien associé au capital international”.
La CAOI signale que “l’Amérique du Sud compte plus de mille peuples et communautés et 30 millions d’indigènes qui exigent de savoir où nous mènent neuf années d’IIRSA, dont le financement s’élève à plus de 70 milliards de dollars, abondés principalement par la dette extérieure des citoyens de 12 pays sud-américains, dont les peuples indigènes et les communautés”, générée par les institutions financières mentionnées ci-dessus.
Elle critique la tournure “économiciste” de l’initiative, qui ne prend pas en compte les perspectives de “développement local”, du moyen ou petit capital, et encore moins des peuples et communautés indigènes, mais qui, en exigeant une rentabilité élevée pour les investissements dans les grands projets, donne la priorité au grand business en lien avec le commerce des minerais et hydrocarbures , du soja et du bois, à l’agroindustrie, aux agrocarburants et à l’eau – c’est-à-dire la marchandisation de la vie en général”.
Cette vision, ajoute-t-elle, se traduit en 11 axes d’investissements prioritaires qui réorganisent et reconfigurent l’Amérique du Sud, ses marchés internes, sa croissance urbaine et économique “de même que les zones où s’accroissent la mise en danger de la biodiversité, l’invasion et la colonisation territoriale, les déplacements de population et les chocs culturels”.
Elle remarque que les projets spécifiques “sont débattus entre les technocrates de la finance, les firmes de constructeurs et les autorités nationales”. Etant donné le caractère bi- ou tri-national de ces projets, les arrangements se font à l’échelle internationale. Bien que les travaux et impacts concernent directement les niveaux communal, local et provincial, les instances correspondantes ne sont pas prises en compte, mais sont « simplement informées des projets choisis » et, en plus, on prévoit bien des espaces pour des objections de détail “mais qui n’impliquent en aucun cas une modification en profondeur de projets déjà arrêtés par l’oligarchie technocratique internationale dont nous parlions plus haut”.
Elle affirme aussi que si les finances et les décisions sont globales, que tout le reste est abandonné au niveau national. “L’IIRSA crée un gigantesque fonds de financement global qui fait main basse sur l’Amérique du Sud, mais les impacts socio-environnementaux qu’il génère, sont externalisés et remis aux bons soins des coordinations nationales, qui -on l’a vu au Pérou – organisent beaucoup d’ateliers supposés ‘participatifs’, mais sans les communautés et organisations des peuples originaires”.

Rosa Rojas
24 Novembre 2009
Source : http://www.cetri.be/spip.php?article1421&lang=fr


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